Arno Brignon©2007-2017
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NOSTALGIE DU BETON 2009-2016

Il y a quelque chose de ma vie qui est intimement coulé dans le béton des quartiers. Depuis la fenêtre de ma chambre, la ZUP de Fontenay sous Bois, les Cités de Noisy le Grand et de Neuilly sur Marne formaient une ligne d'horizon qui s'apparentait à un concours d'architecture des grands ensembles. Ces quartiers si proches m’étaient alors complètement étrangers, moi qui ai grandi au bord de la Marne, dans cette ville aux guinguettes et aux grandes maison bourgeoises qui a cessé de s'encanailler en même temps que « La belle équipe » pour devenir une de ces riches banlieues de la Capitale.

Je ne sais plus quel a été le déclencheur de ce désir de pénétrer dans ces quartiers. Peut être les récits des quelques copains de la cité qui s’étaient par je ne sais quel mystère retrouvés dans la même école que moi. Ils nous décrivaient le quartier comme un terrain de jeu unique, où l'aventure faisait partie du quotidien. Ils nous invitaient à des parties de foot qui se transformaient souvent en chasses à l'homme et autres jeux dans ces lieux désaffectés qui faisaient office de frontière avec le reste de la ville. Je me souviens aussi de cette fête dans la ZUP à laquelle j'assistais du haut de mes 8 ans, je me souviens de ce concours de Smurf, de ces mamans qui étaient là laissant leurs enfants partir et revenir, je me souviens des grands et de leurs 103 aux pots trafiqués, de ces plats et de ces langues inconnus.... J’étais là assis à regarder sans comprendre ce qui se déroulait sous mes yeux mais envieux de cette vie qui casserait sans aucun doute l'ennui de mon enfance privilégiée. Alors je me suis construit une vision romantique de ce que pouvait être la vie dans les cités. Je regrettais presque de vivre dans cette belle et grande maison et pas comme eux dans ces appartements où l'on peut entendre les copains au travers des cloisons, un endroit où on ne serait jamais seul.

L’échec scolaire m'a rapidement permis de me rapprocher de ce rêve, affecté au lycée pro et technique de la ville, je rentrais enfin dans le quartier. La violence de la réalité est venue écorner quelque peu cette vision idyllique, sans jamais pour autant l'effacer complètement. Alors il m'a fallu un prétexte pour y aller dans ce quartier, qui peut être n'importe lequel puisqu’aucun n'est le mien. Un prétexte pour en être : l’école, les amis, le métier d’éducateur, et aujourd'hui la photographie.... Et Le Mirail, Les Tarterets, La Falgalarié, mais aussi le forum des Halles sont devenus mon quartier, le temps d'une commande, d'une résidence, d'une tranche de vie.

Arno BRIGNON